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HOMÉLIE
(Père Jan Kusyk)
26e dimanche du Temps Ordinaire
dimanche 27 septembre
Cette année, alors que nous célébrons le 800e anniversaire de la mort de saint François d’Assise. Huit cents ans. Et pourtant, François demeure étonnamment jeune. Non pas parce que le temps l'aurait épargné, mais parce que Dieu ne vieillit jamais. Dieu possède une jeunesse éternelle. Chaque saint qui se laisse saisir par Lui participe à cette jeunesse qui ne se fane pas. Voilà pourquoi François, huit siècles après avoir quitté cette terre, paraît souvent plus vivant que bien des nouveautés de notre époque déjà fanées. Huit cents ans, et pourtant huit cents ans de jeunesse.
Si l'Évangile d'aujourd'hui avait été écrit avec François déjà en mémoire, on pourrait presque croire qu'il en est sorti.
Notre Seigneur pose aux grands prêtres et aux anciens une question d'une simplicité déconcertante. Un père a deux fils. L'un répond : « Je ne veux pas », mais plus tard il se repent et va travailler à la vigne. L'autre répond : « Oui, Seigneur », mais n'y va jamais. « Lequel des deux a fait la volonté du père ? » La réponse est évidente : le premier.
Mais la pointe de la parabole n'est pas dans l'histoire. Elle est dans le miroir qu'elle tend à chacun de nous.
Les publicains et les prostituées sont entrés dans la vigne de Dieu parce qu'ils ont découvert ce que les hommes respectables avaient oublié : le repentir vaut davantage que les apparences. Un « non » brisé qui devient un véritable « oui » est plus précieux aux yeux de Dieu qu'un « oui » poli qui cache un cœur vide.
Personne ne l'a mieux compris que saint François.
Une tradition bien connue, rapportée dans les Fioretti de saint François, raconte qu'on lui demanda un jour pourquoi Dieu l'avait choisi. Pourquoi lui ? Pourquoi ce fils de marchand destiné à renouveler l'Église ? François répondit avec une simplicité bouleversante :
« Les yeux du Très-Haut n'ont trouvé parmi les pécheurs personne de plus vil, de plus misérable, ni de plus grand pécheur que moi. Voilà pourquoi il m'a choisi. »
On serait presque tenté de lui répondre : « François, cela ne peut pas être vrai. » Mais ce serait manquer le cœur de son humilité. L'humilité n'est pas une haine de soi mise en scène. C'est se tenir dans la lumière de Dieu avec une telle vérité que l'on cesse de se comparer aux autres pécheurs pour ne regarder que la sainteté de Dieu.
François n'est pas devenu grand parce qu'il pensait beaucoup de lui-même. Il est devenu grand parce qu'il a cessé de penser à lui-même.
Voilà le secret de l'Évangile d'aujourd'hui.
Le premier fils n'est pas loué parce qu'il s'est d'abord rebellé. Son premier refus était honteux. Ce qui le sauve, c'est qu'il laisse la réalité renverser son orgueil. Il change. L'Évangile parle d'un repentir intérieur, d'une conversion profonde. Ses pieds se mettent enfin à marcher là où ses lèvres avaient refusé de promettre.
C'est toute l'histoire de François.
Le jeune homme qui aimait les beaux vêtements devient celui qui embrasse les lépreux. Celui qui rêvait de devenir chevalier devient le serviteur de Dame Pauvreté. Le fils de marchand devient le frère des oiseaux, du loup, des mendiants et des rois. Toutes ces transformations commencent par un repentir plus profond que les paroles.
Mais l'Évangile d'aujourd'hui contient un mystère encore plus grand. Il faut remarquer que l'obéissance du Christ est la grande réponse à la rébellion des deux fils. Si la parabole avait comporté un troisième fils – le Fils parfait –, elle aurait décrit Jésus lui-même. Il dit « oui » au Père avant même la création du monde.
Il dit « oui » à Bethléem. Il dit « oui » à Nazareth. Il dit « oui » à Gethsémani, lorsque sa sueur devient comme des gouttes de sang. Et il prononce son dernier « oui » sur la Croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » En lui, il n'y a aucune trace de rébellion. Jamais il ne considère la volonté du Père comme une prison. La Croix révèle au contraire que l'obéissance n'est pas l'ennemie de la liberté : elle est la liberté portée à sa perfection dans l'amour.
François l'a compris parce qu'il a longuement contemplé le Crucifié.
Lorsqu'il reçut les stigmates sur le mont Alverne, deux ans avant sa mort, son propre corps devint comme un témoignage vivant : être disciple du Christ, ce n'est pas seulement admirer Jésus, c'est laisser toute sa vie prendre sa forme.
Mais Notre Seigneur dévoile aujourd'hui un autre danger, peut-être plus subtil encore.
Les grands prêtres et les anciens ne sont pas condamnés pour un scandale public. Ils le sont parce qu'ils ont confondu la familiarité avec les choses saintes et la véritable conversion. Ils connaissaient les Écritures. Ils récitaient les prières. Ils jouissaient d'une réputation irréprochable.
Pourtant, lorsque Jean-Baptiste les appela à la conversion, ils refusèrent de bouger. Quelle pensée redoutable !
On peut passer des années tout près des choses saintes tout en gardant son cœur à une distance prudente de Dieu. On peut dire « Oui, Seigneur » chaque dimanche tout en lui disant silencieusement « non » le lundi.
Saint François nous rappelle que la sainteté commence là où les excuses s'arrêtent. Et voici la consolation. Parmi nous, plusieurs ont fait des promesses qu'ils n'ont pas tenues. Nous avons résolu de prier davantage. Nous avons pardonné trop lentement. Nous sommes allés nous confesser trop tard. Nous avons aimé trop peu. Nous découvrons que les deux fils habitent parfois sous le même toit : notre propre cœur. Mais le Christ ne nous laisse pas dans cette division.
Son obéissance parfaite ne vient pas seulement révéler nos manquements ; elle vient les guérir. Sa grâce rend possible ce que nos seules forces ne pourront jamais accomplir.
La vigne est encore ouverte. La voix du Père ne s'est pas tue. Aujourd'hui encore, il nous dit : « Va travailler à ma vigne. »
En célébrant saint François huit siècles après sa mort, le plus bel hommage que nous puissions lui rendre n'est peut-être ni une nouvelle statue, ni un chant, ni même une fête. (On va le célébrer la semaine prochaine, avec Archevêque Mulhall).
C'est de répondre à l'appel du Père avec cette même humilité qui habitait François : reconnaître les endroits où nous avons dit « non », nous méfier des apparences d'une piété de façade, et laisser le Christ nous apprendre la liberté de son obéissance parfaite.
Car la sainteté n'est pas une relique du passé ; elle est la jeunesse de Dieu qui traverse les siècles. François n'a pas huit cents ans comme un monument recouvert de poussière. Il a huit cents ans comme un arbre dont la sève continue de monter, parce que ses racines plongent dans le Christ vivant. La jeunesse que notre monde cherche désespérément dans l'apparence, Dieu la donne dans la conversion.
Que notre « oui » quotidien soit plus qu'un mot. Qu'il devienne une vie.
Et qu'un jour nous puissions entendre le Père nous dire ce que tout fils désire entendre :
« Très bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Seigneur. »

